Semaine européenne de l’emploi

des personnes handicapées 2016

Saison 2

L’année dernière, Cèdre a pris l’initiative de vous rapprocher de ceux qui, chaque jour, collectent et trient vos déchets de bureau, avec un objectif de qualité et de performance environnementale. Nous renouvelons cette expérience en 2016 car en tant qu’entreprise adaptée, nous nous distinguons aussi par notre vocation sociale. En effet, 85% de notre effectif de production est constitué de personnes handicapées.

Cinq de nos collaborateurs vont se livrer à vous cette semaine. Comment ressentent-ils leur travail ? Quel est leur handicap ? Comment le surmontent-ils ? de quoi rêvent-ils pour leur avenir ? Vous pourrez également retrouver les portraits réalisés l’année dernière. Nous sommes fiers et reconnaissants de chacun. Ils témoignent qu’un handicap n’est pas toujours celui auquel on s’attendrait.Que le handicap n’est pas antinomique d’une grande motivation, de bien-être, de courage et d’ambitions…

Bonne découverte !

Mohamed

J’ai 34 ans. Je suis entré chez Cèdre il y a 1 an et demi. Je suis sourd de naissance. Avant, j’étais balayeur sur les Champs Elysées. Un jour, un ami m’a parlé de Cèdre. Et ça a changé tout pour moi. Ici, chacun fait des efforts. On est intégré. Les directeurs sont sympathiques.

Ici, il y a du respect dans les yeux. Ce n’est pas parce qu’on est sourd, que l’on a pas besoin de communication, de dialogue.

On se sent dans une situation d’égalité, il n’y a jamais de discriminations. On peut progresser. Moi j’aimerai bien par exemple assister le responsable des commandes. Et puis donner de l’expérience aux autres après. Et en plus, on sait qu’on travaille pour l’environnement, c’est positif. Tous ensemble.

Ce qui est important pour moi ? le travail, la vie, les enfants, le foot. Des choses simples. Comme beaucoup de gens, non ?

Maxime

Grâce à Cap Emploi, je suis arrivé chez Cèdre en mars 2015. Je suis trieur. Et sourd. Avant, j’avais travaillé à la Poste, à l’hôtel Ibis, j’ai été cuisinier aussi. J’ai 41 ans.

Chez Cèdre, j’avoue que j’ai été un peu surpris : la communication est facile avec les entendants. Dans mes autres travails, on ne comprenait pas nos chefs, on avait l’impression aussi que nos collègues avaient un peu peur.  Imaginez vous être le seul entendant et que tous les autres soient sourds : vous vous sentiriez exclu, différent si personne ne faisait comme si « c’était normal ».

Ici, on se comprend bien, il y a de l’entraide, de la communication. Je vois l’avenir en positif, j’espère que ça va continuer à marcher, que je vais rester ici jusqu’à ma retraite !

Ce que j’aimerai faire : créer une équipe, devenir chef. Et que mes 3 enfants soient heureux, et aussi voyager… dans le monde entier.

Carlos

Je suis arrivé chez Cèdre il y a 3 ans et j’occupe la fonction de trieur / destructeur (de papier bien entendu !). Je suis devenu une personne en situation de handicap car dans mon ancien travail, j’ai eu à porter des choses trop lourdes. Cela a fini avec une hernie discale. J’en profite pour faire passer le message à tous : mieux vaut prévenir que guérir !

Ça va mieux maintenant. A 53 ans, je me lève chaque matin, cela me fait plaisir, je me dis que j’ai un travail. Le travail, ça rend « bien dans sa peau », vous savez ça, sûrement. Notre entreprise donne une chance aux gens qui veulent travailler. Moi avant je ne savais pas ce que c’était le handicap. Oui c’est possible de tous bien travailler, handicapés ou non.

Et puis chez Cèdre, notre fonction de tri est essentielle à toutes les entreprises. D’ailleurs, je voudrais dire à tous qu’il faut faire attention à ses déchets. Parfois, on retrouve des morceaux de verre dans le papier ! heureusement, on est sécurisé, nous portons des gants !

Mehdi

A 18 ans, j’ai eu une hernie discale et une sciatique qui m’ont handicapé. Je ne pouvais plus chercher du travail « normalement ». J’ai beaucoup insisté pour devenir chauffeur car j’adore conduire. Aujourd’hui, j’ai 30 ans. Arrivé chez Cèdre il y a 5 ans, j’y ai grandi : d’abord chauffeur poids lourd, puis responsable de quai, puis responsable chauffeur, et maintenant je suis responsable du site de Buc. Cela me donne énormément de responsabilités vous savez…

Chez Cèdre, on ne se rend pas compte que l’on est dans une société avec travailleurs handicapés. Enfin si, mais on ne regarde pas trop le handicap. Mais il faut de la patience, de la discussion, être à l’écoute. Moi je me suis toujours donné à fond. Et mes directeurs ont pensé que j’étais « capable ». Il faut faire avancer les gens, même quand ils n’ont pas de diplôme. C’est magnifique. Il faut toujours croire en soi. Un jour peut-être que je dirigerai Cèdre ! ? enfin, ce que je veux dire c’est qu’il faut avoir de l’ambition, même avec un handicap, et s’il faut commencer à 5.30, il faut le faire. Le travail c’est le bonheur. En plus pour moi d’être jeune papa et d’avoir ma maison !

Mostefa

Je suis entré chez Cèdre en juillet 2015, grâce au bouche à oreille. A ma grande surprise, j’ai obtenu le 1er CDI de ma vie ! Mon métier d’avant, c’était la logistique. A cause de ma phlébite de naissance, je n’ai jamais réussi à réaliser mes rêves : devenir pâtissier ! en effet, il fallait rester trop debout…

Mon métier ici c’est chauffeur, et on fait les tournées à deux, on a plus de repos, c’est bien adapté. Mon travail, cela m’a donné de la stabilité. Aujourd’hui je travaille et je représente mon handicap. Je ne me cache pas. Moi je dis, le handicap c’est dans la tête. Ma philosophie : il faut vivre bien, au jour le jour. On ne peut pas tout programmer à l’avance.

Mais qui sait, peut-être un jour ouvrirai-je ma boulangerie pâtisserie ?

Coumar

Je suis rentré dans l’entreprise Cèdre en 2008, un an après sa création. On était alors à Montreuil. Je fais partie des anciens. Avant, j’ai été magasinier manutentionnaire, un travail très difficile et j’ai eu des accidents du travail. Je suis resté plusieurs mois à l’hôpital. Mes vertèbres ont été très abimées. Alors, je suis resté 4 ans au chômage. Heureusement, un jour, les services sociaux m’ont proposé un travail chez Cèdre.

Malgré tout ce qui m’est arrivé, je m’estime chanceux. J’ai maintenant un travail lié à la destruction confidentielle des documents, qui est ‘modéré’ pour mon handicap et par rapport à ce que je faisais avant. Je ne porte plus de choses lourdes, j’ai des outils pour m’aider, comme les palettes.

Mon corps va mieux. Mais c’est aussi psychologiquement, que je me sens bien : je travaille, ça change ma vie, je me sens responsable, j’ai un rôle dans cette entreprise. ça me rend fier pour ma femme et mes trois enfants.

Belkacem

Je suis rentré chez Cèdre en août 2014, cela fait 21 ans que je travaille. Avant, j’ai été chauffeur livreur, téléopérateur, agent de mairie aussi, et même militaire en Algérie !

Mon handicap est dû à des accidents de travail, j’ai été opéré plusieurs fois et maintenant j’ai surtout des problèmes dorsaux et aux côtes. Mon handicap n’est pas visible, j’ai quelque part de la chance….

Aujourd’hui, dans mon travail de chauffeur livreur, je me sens responsable : je collecte des documents pour leur destruction confidentielle. Je sais que les clients m’accordent leur confiance car pour eux, c’est essentiel. La confiance, c’est aussi celle de mes patrons. En cela, je suis une personne ‘normale’.

Ici, ce qui me fait plaisir, c’est de voir que notre entreprise se développe et progresse, avec des personnes qui ont des handicaps divers. J’ai appris à découvrir un langage différent avec mes collègues sourds et muets. Mais dans le travail, nous ne sommes pas différents. Nous avons tous à cœur de bien faire, et même plus, nous nous sentons comme une famille.

Julie

Je suis rentrée en 2014 chez Cèdre, je suis assistante d’exploitation. J’ai complètement changé de métier et aussi d’univers. Avant, j’étais dans le prêt-à-porter. Je travaillais dans une boutique en Irlande quand j’ai appris que j’avais une spondylarthrite ankylosante. Ma vie a basculé, je ne pouvais plus faire ce métier, plus rester debout longtemps.  Je sais que cela ne se voit pas du tout mais c’est une maladie qui évolue par poussée, alors des jours ça va, d’autres sont très douloureux. On vit dans une société où souvent un handicapé, c’est un cliché, un fauteuil roulant etc. On n’explique pas aux gens ce que peut être un handicap.

Aujourd’hui, être dans une entreprise adaptée, cela me rend fière. On communique autrement, il n’y a pas de barrières, on travaille normalement, et même certaines personnes sont plus motivées qu’ailleurs.

Habib

Je suis arrivé il y a 8 ans chez Cèdre. Avant, j’ai passé plus de 20 ans dans le bâtiment. Chez Cèdre, j’ai commencé au tri, maintenant je suis chef d’équipe.

Mon handicap ? j’ai eu une méningite à 8 ans, qui m’a abîmé les oreilles. J’ai une oreille qui n’entend plus, et la 2ème est appareillée. C’est difficile de ne pas bien entendre, bien sûr ! Se concentrer, entendre un peu et beaucoup se concentrer sur les lèvres. Il y a des mots que je n’ai jamais appris. Les mots que je connais, ce sont ceux que j’ai appris à l’école, avant d’avoir ma maladie. Pourtant, je crois vraiment qu’il faut donner une chance à tous, comme on m’en a donné une à moi. Le travail ici, je le vis comme une grande chance.

Mahoud

J’ai chuté d’un arbre, à l’âge de 4 ans. C’est alors que je suis devenu sourd. C’est comme cela que mon destin, ma vie, ont changé.

Mais je ne me suis jamais dit que je ne travaillerai pas, au contraire… J’ai tout fait pour, à chaque instant.

Laurent

Depuis mai 2015, je suis chef des ventes Ile de France Nord chez Cèdre. Avant, j’avais travaillé dans une SSII et j’ai été co-gérant d’une entreprise de distributeurs de boissons. J’ai donc appréhendé avec Cèdre un nouveau secteur et ce qu’est une entreprise adaptée. Comme beaucoup, j’avais à apprendre de ce modèle que je ne connaissais pas.

Ce que j’ai découvert ? Que des collaborateurs handicapés peuvent être une pierre angulaire de l’entreprise : contrairement à d’autres entreprises qui peinent malheureusement à en employer, ici, ils sont fondamentaux. Ce qui change ? Certainement pas la qualité, qui est assurée de bout en bout. Mais plutôt une implication très grande et un travail d’équipe comme il y en a peu ailleurs.  Tout le monde a envie d’aller de l’avant et d’être performant ensemble ! Je pense que c’est grâce à un management qui fédère énormément. La volonté stratégique de Cèdre, c’est de faire grandir un modèle social, avec un souci réel de chaque collaborateur, handicapé ou non. Cela donne à tous de la force.

Et si je m’inquiétais un peu à l’idée de mal communiquer sans connaître le langage des signes, je suis rassuré : avec une gestuelle, un regard, les barrières s’effacent…c’est surprenant et enthousiasmant.